Mercredi 20 septembre 2006
La journée n'aurait pas pu mieux commencer pour Jean-Claude.
Dans le métro, il avait entendu deux cols blancs se répandre en lamentations sur le prix de la vie et les vols de leurs syndics. L'un hurlait au scandale, rapport aux travaux sur la toiture, qui allaient le ruiner.
Jean-Claude n'avait pas ces problèmes.
Jean-Claude fumait le mélange le plus varié de tabacs, buvait le vin de mille raisins, et avait une résidence dans chaque coin de Paris. Jean-Claude avait une vie de nabab. Et quand il rencontrait un souci de toiture, eh bien ! Il n'avait qu'à changer de carton.
Bien sûr, Jean-Claude était un clochard, puisque je l'ai promis. Mais un clochard rare, clochard heureux. Tout était une question de lunettes, et lui avait perdu les siennes dans une baston, à Saint-Denis. Du coup, en flou, les trous de ses chaussures pouvaient passer pour des aérations, le noir sous ses ongles pour les restants d'une orgie de caviar.
Tout cela était possible, grâce à l'alcool.
Bavaria, Amsterdam, Vieux-Papes, Villageoise, gin, rhum, white-spirit, mennen grand large. Il portait le système hépatique un peu bête, et ça tombait bien, car qu'importe l'ivresse, pourvu qu'on ait le foie con.
Ce matin-là, dans le quartier d'affaires, les siennes roulaient au rythme des pièces dans sa soucoupe. Ding. Ding. Ding. Et Jean-Claude aimait à s'imaginer une bouteille vide que la société remplissait de gouttes bien rondes. Plic. Plic. Plic.
Le flacon mental était presque plein – c'était l'affaire de, quoi, quarante centimes – quand arriva ce mec en costar. Du genre brave type, du genre à la bourre, du genre sur le retour et pigeon. Jean-Claude savait exactement ce qu'il fallait pour la chasse à c't'animal-là. Des cartouches à empathie dans le fusil de sa gueule. Il fallait qu'il arbore sa tronche des grands jours, sa ganache d'épuisé de la vie, et pour être crédible, il opta pour la méthode de l'Actors studio et fit un truc inhabituel, vraiment désagréable :
Jean-Claude réfléchit…
Et reçut du brave type ses quarante centimes.
Aurait-il pu deviner que son rebeu préféré serait fermé ce jour-là pour cause de mariage ?
Que le toit du supermarché d'à-côté abritait des pigeons voraces ?
Que le crackhead le plus à bout du quartier n'allait pas supporter son caillou, et rendre son petit déjeuner ?
Qu'un de ces volatiles goûterait la substance, et en mourrait, en plein vol, pour tomber sur le pare-brise d'un automobiliste aviphobe ?
Sans doute que non.
Toujours est-il que Jean-Claude sortit du supermarché. Ouvrit sa flasque de tequila, et commença à boire. En traversant la route. Et mourut, la tête dans un pare-chocs, pour un café raté.
Ironique, n'est-il pas ?
Demain, on sera le 21/09, et pour la dernière fois de ce cycle, j'arriverai au boulot
Dans le métro, il avait entendu deux cols blancs se répandre en lamentations sur le prix de la vie et les vols de leurs syndics. L'un hurlait au scandale, rapport aux travaux sur la toiture, qui allaient le ruiner.
Jean-Claude n'avait pas ces problèmes.
Jean-Claude fumait le mélange le plus varié de tabacs, buvait le vin de mille raisins, et avait une résidence dans chaque coin de Paris. Jean-Claude avait une vie de nabab. Et quand il rencontrait un souci de toiture, eh bien ! Il n'avait qu'à changer de carton.
Bien sûr, Jean-Claude était un clochard, puisque je l'ai promis. Mais un clochard rare, clochard heureux. Tout était une question de lunettes, et lui avait perdu les siennes dans une baston, à Saint-Denis. Du coup, en flou, les trous de ses chaussures pouvaient passer pour des aérations, le noir sous ses ongles pour les restants d'une orgie de caviar.
Tout cela était possible, grâce à l'alcool.
Bavaria, Amsterdam, Vieux-Papes, Villageoise, gin, rhum, white-spirit, mennen grand large. Il portait le système hépatique un peu bête, et ça tombait bien, car qu'importe l'ivresse, pourvu qu'on ait le foie con.
Ce matin-là, dans le quartier d'affaires, les siennes roulaient au rythme des pièces dans sa soucoupe. Ding. Ding. Ding. Et Jean-Claude aimait à s'imaginer une bouteille vide que la société remplissait de gouttes bien rondes. Plic. Plic. Plic.
Le flacon mental était presque plein – c'était l'affaire de, quoi, quarante centimes – quand arriva ce mec en costar. Du genre brave type, du genre à la bourre, du genre sur le retour et pigeon. Jean-Claude savait exactement ce qu'il fallait pour la chasse à c't'animal-là. Des cartouches à empathie dans le fusil de sa gueule. Il fallait qu'il arbore sa tronche des grands jours, sa ganache d'épuisé de la vie, et pour être crédible, il opta pour la méthode de l'Actors studio et fit un truc inhabituel, vraiment désagréable :
Jean-Claude réfléchit…
Et reçut du brave type ses quarante centimes.
Aurait-il pu deviner que son rebeu préféré serait fermé ce jour-là pour cause de mariage ?
Que le toit du supermarché d'à-côté abritait des pigeons voraces ?
Que le crackhead le plus à bout du quartier n'allait pas supporter son caillou, et rendre son petit déjeuner ?
Qu'un de ces volatiles goûterait la substance, et en mourrait, en plein vol, pour tomber sur le pare-brise d'un automobiliste aviphobe ?
Sans doute que non.
Toujours est-il que Jean-Claude sortit du supermarché. Ouvrit sa flasque de tequila, et commença à boire. En traversant la route. Et mourut, la tête dans un pare-chocs, pour un café raté.
Ironique, n'est-il pas ?
Demain, on sera le 21/09, et pour la dernière fois de ce cycle, j'arriverai au boulot
Par Maurin
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Publié dans : enarrivantauboulot
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