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Jeudi 15 mars 2007
Ce matin, en arrivant au boulot, je déteste mes voisins.

Mes voisins sont deux extrêmes, et je suis pris entre leurs feux.
Ma voisine du dessous est une quadra acariâtre et folle, qui massacre son plafond à coups de balai quand je rentre tard. J'arrive chez moi, je fais 3 pas, je commence à me déshabiller pour aller me pieuter, et hop, bonjour madame, tiens vous êtes encore réveillée, ne dites rien, vous guettiez mon retour, c'est gentil de vous inquiéter pour moi mais je vais bien, maintenant arrêtez de cogner sinon vous allez finir par tout casser et je vais me retrouver chez vous.
Mon voisin du dessus est un étrange mélange, un amalgame plus ou moins réussi entre un Italien dont on reconnaît le pas dans l'escalier alors qu'il est au rez-de-chaussée (j'habite au 3 ème tout de même) et une Française gentille mais hystéro, capable de rire comme Colombe Schneck un dimanche matin à 7 heures, ou d'engueuler son mec comme du poisson pourri en pleine nuit.
Il m'arrive de me dire que si je n'étais pas là, si mes voisins du dessous et du dessus étaient empilés, cet immeuble qui est le mien ressemblerait à Beyrouth.
Et pourtant, j'ai eu un entraînement sérieux, pour résister aux nuisances sonores. J'ai grandi au second étage, alors que, chaque soir, mes parents regardaient la télé au premier. J'allais me coucher, je fermais les yeux, et puis je me relevais : " Papa, Maman, vous pouvez mettre la télé moins fort, s'il vous plaît ?" "Oui, oui, allez, dors maintenant", me répondait généralement la voix grave de mon père. Je maugréais un brin, ruminant que le volume n'avait pas varié d'un iota, et je retournais dans mon lit. Je m'amusais à suivre les dialogues, un peu. Et doucement, tout doucement, je sombrais dans le sommeil. Malgré tout. Quel courage !
Parfois, alors que les bras de Morphée venaient de m'accueillir, un de mes parents allait à la cuisine, et faisait jouer la porte du salon, au bruit métallique si caractéristique. Ce son se frayait un chemin jusqu'à mon cerveau, et d'une manière inexplicable, me rassurait. Tu peux dormir, malgré ton pyjama ridicule, les voitures qui passent dans la rue, et le fait que tu n'aies qu'insuffisamment révisé ton contrôle de géo du lendemain. Tu peux dormir car juste en dessous, tes parents sont là, qui veillent sur toi.
Parfois, la nuit, un de mes voisins rentre plus tard que moi, et laisse retomber un peu violemment la porte d'entrée de mon immeuble. Et d'une manière inexplicable, ça me rassure. Je pourrais presque entendre la voix de mon père.

Finalement, je les aime bien, mes voisins.
Par Maurin - Publié dans : enarrivantauboulot
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Lundi 19 février 2007

Ce matin en arrivant au boulot, il m'est arrivé un drôle de truc.

J'étais tranquillement assis à ma place dans le métro, à me repaître d'un quotidien sportif bien connu en écoutant le dernier NOFX. Complètement coupé de la masse des gens qui m'entouraient, comme si j'étais seul au milieu de la foule.
Et puis, je ne sais pas trop pourquoi, j'ai levé la tête. Et j'ai vu un mec, assis sur le strapontin devant la porte, se lever, puis retomber comme un sac de patates des bras d'un parkinsonien. Sauf que la patate, il ne l'avait visiblement plus. Vu qu'il était mort.
Ah ben oui, c'est con. Je ne sais pas trop ce qui lui est arrivé, mais le métro s'est arrêté, plein de gens ont accouru, et le constat a fini par s'imposer. C'est vrai, j'exagère, je ne sais pas s'il était mort, mais il ne bougeait plus, ne cillait plus, et comme il n'avait absolument pas l'air alcoolique, ou quoi que ce soit d'autre, j'en ai conclu que, comme disent les jeunes, put1 C chô pour lui zarma.
Bref.
Nous avons donc été appelés à "emprunter les correspondances", comme on dit dans ces cas-là. J'ai levé mon cul, et je suis sorti de la rame, tel un souvenir de la mémoire d'un alzheimerien.
Sur le quai, il y avait plein de gens, que, cette fois, je voyais. Vivants, eux. Je ne saurais pas correctement exprimer ce que j'ai ressenti à ce moment, pas de manière satisfaisante - disons juste que j'avais l'impression d'entendre les battements de cœur de chacun.
Ce que j'ai entendu, aussi, c'est la phrase d'un deux, qui s'adressait à un agent RATP arrivé sur les lieux :
" Vous ne pouvez pas le sortir du métro, pour que les usagers puissent continuer leur trajet ? "

Certains sont morts, d'autres pressés. Ne le répétez pas mais j'ai l'impression qu'on vit dans un drôle de monde...

Demain, on sera le 20/02, et j'arriverai au boulot (vous avez vu, je me souviens encore comment on fait...).

 

Par Maurin - Publié dans : enarrivantauboulot
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Dimanche 31 décembre 2006

Oui, c'est vrai, je fus absent très longtemps des colonnes de ce blog.
Tellement longtemps, à vrai dire, que de vilaines pubs en on profité pour, tels des cyberpissenlits (mais en moins marrants, puisque si on souffle sur ces pubs, même très fort, elles ne se séparent pas en des dizaines de petits parachutes mignons), proliférer sur mon espace d'égocentrisme assumé !
Pire, me direz-vous : je reviens alors que je n'arrive même pas au boulot, puisque nous sommes le dimanche 31 décembre, dernier jour de l'année 2006.
Alors comment expliquer d'un coup ce silence mutique et cette entorse majeure aux sacro-saintes règles qui régissent ces pages ? Comment justifier ces deux viols des préceptes qui, un temps, firent la gloire d'enarrivantauboulot ? Voui, comment ?
(J'essaie de ménager mon effet, c'est pas facile, alors vous êtes priés de vous écrier "Voui, comment ? devant l'écran de votre ordi, en même temps que vous, au choix, vous tirez les cheveux ou vous introduisez un poing dans la bouche - cette seconde solution étant tout de même très handicapante pour ce qui est de l'élocution, votre "Voui, comment ?" risquant dans ce cas de se changer en un pathétique "Gnchfoui, gnchfhomang ?")
Eh bien c'est simple.
Je cherchais.
Comme je sais que vous êtes un public d'exception, et qu'une note sur mes aventures de pochtron par-ci par-là ne suffit plus à vous contenter, je m'étais mis en quête du thème le plus choquant, le plus rebelle, le plus trash métal de la blogosphère. Histoire que vous vous souveniez pourquoi vous venez ici, et pas ailleurs.
Parler des aventures zoophiles de Demis Roussos avec le dos argenté du zoo de Montargis ? Trop facile.
Evoquer les tendances suicidaires des paraplégiques qui passent leur temps à baver au-dessus de grille-pains allumés pour griller les toasts à foie gras ? Trop consensuel.
Pester contre les vieux, qui sont cons, votent Sarkozy et, quand ils bossent au secours populaire, adaptent la quantité de nourriture qu'ils donnent selon que la personne en face est originaire de notre côté de la Méditerranée ou pas ? Trop politiquement correct (même si cette anecdote est 100 % véridique).

Non, non, j'ai mieux, j'ai pire.
Devant vous je l'avoue :
J'adore les fêtes de fin d'année.
Le père noël, les réveillons, la bouffe comme s'il en pleuvait alors que des africains crèvent de faim, le feu dans la cheminée, les cadeaux, le champagne, les restos, le foie gras, le champagne, les films pourris à la télé, le champagne, les courses au dernier moment ou c'est le bordel et qu'on fait la queue pendant des heures, les ouvertures d'huîtres (suivies potentiellement d'un séjours aux urgences - c'est le risque qui est bon), le champagne, les partie de Wii avec mes soeurs et mon beauf (et même ma reum), la grand-mère et ses albums photos, le 5-4-3-2-1-Bonne Année !!, le champagne, le champagne et le champagne, j'y peux rien, j'adore ça.
Voilà !

Je suis trop un ouf dans ma tête comme mec, moi.

Par Maurin - Publié dans : enarrivantauboulot
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Lundi 16 octobre 2006

Bon.

 

Comme vous avez pu vous en douter, j'ai été quelque peu occupé, ces temps derniers.

 

Je vous rassure tout de suite, ça n'est en aucun cas dû à mon changement de poste au sein de la rédaction de mon journal. Ni à l'obligation de m'occuper d'une bonne partie du contenu rédactionnel de celui-ci. Ni à ma relative inexpérience en matière de rédaction, justement. Ni aux multiples séances de cinéma en avant-première. Ni à un reportage sur Rayman contre les lapins crétins. Non non, rien de tout ça.

 

C'est juste que j'ai été enlevé par des aliens.

 

C'était il y a trois semaines. Le PSG venait de perdre, encore, et j'avais choisi de noyer mon chagrin dans la culture, la philosophie et 17 litres de bière. Or, je ne sais si vous le remarquâtes, au fil de vos pérégrination, mais la bière, non contente d'avoir sur l'organisme des effets diurétiques prononcés, a une fâcheuse tendance à aider toute imagination fantasque à percevoir de manière encore un brin moins raisonnée la réalité.

 

Je m'approchai donc de cette charmante blonde, au comptoir, et décidai de lui proposer une balade au clair de lune. J'aurais dû avoir, au son de son prénom (Igor), la puce à l'oreille. Mais non, embué que j'étais par des vapeurs éthyliques, je fonçai droit dans le panneau.

 

Nous fîmes à peine quelque mètres dans la rue, et je décidai, pour charmer la belle, de lui pousser une petite chansonnette traditionnelle de mon coin, Ô Corse, île d'amour. Bon, d'accord, je suis né à Juvisy, mais après tout, qu'est-ce que la séduction, sinon un gigantesque puzzle de mensonges ?

 

C'est alors que je les ai vues. D'autant mieux qu'il faisait nuit noire, vu qu'il était quatre heures du matin. Les lumières ! Mais là ou les imposteurs qui prétendent avoir vu les extraterrestres décrivent un grand flash lumineux peu crédible, je me dois de rétablir la vérité. Mes lumières, elles, étaient multiples, et se sont allumées les unes après les autres. Elles étaient accompagnées de borborygmes mercuriens incompréhensibles, que j'entendais dans le lointain. Je vous les retranscris ici, phonétiquement : "Tagg Heule !" "Maifett Leterr !", "Yenaki dormm espessde soiffar !"

 

Ce dispositif était sans doute destiné à me faire perdre contrôle, par quelque ultrason surtechnologique, de mon pauvre corps, car je fus immédiatement pris d'un violent mal d'estomac, me forçant à rendre au pavé les litres de breuvage patiemment accumulés auparavant. Je n'étais plus qu'une victime, hurlante, désemparée, blessée, quand arrivèrent les sinistres émissaires qui venaient me chercher dans leur vaisseau. Eux aussi furent précédés d'étranges lueurs rouges et bleues, que j'entrevis à travers mes yeux embuées de larmes

 

"Non !" m'écriai-je ! "Laissez-moi ! Je ne veux pas !" Mais trop tard. En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, ils me forcèrent à monter dans leur vaisseau, savamment camouflé en une forme qui ressemblait à un Renault Trafic, pour me conduire à leur base secrète. "Onvatt mettrofré pourlanui", me souffla, de son haleine putride, un de ces repoussants organismes. Comment je sais qu'il ne pouvait s'agir d'un humain ? Je détiens deux preuves irréfragables : le sommet de sa tête était de forme cylindrique, avec une excroissance cartilagineuse en forme de visière, et il était encore bien plus laid que Franck Ribéry.

 

A partir de là, c'est le black-out.

 

Ont-il usé de ma personne pour leurs sinistres expérience de domination de la race humaine ? Ont-ils implémenté dans mon cerveau une puce qui se réveillera le moment voulu ? Vis-je désormais dans la matrice ? Je ne le sais pas.

 

Tout ce que je sais c'est que pour s'assurer de mon silence, une fois revenu dans le monde des miens, ils me firent subir la plus grande des humiliations. Je repris en effet conscience dans la cellule d'un sordide commissariat de la Goûte d'or, entre un tapin édenté et un clochard puant.

 

Mais je le sais, maintenant : ILS existent.

 

 

 

Par Maurin - Publié dans : enarrivantauboulot
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Jeudi 21 septembre 2006
La journée n'avait pas vraiment commencé pour Jean-Claude.

Il était à mille lieues de ce genre de considérations. Son quotidien, depuis des années, c'était se lever quand son instinct le lui soufflait, manger quand il pouvait et se gratter pour se soulager. Jean-Claude avait une maladie de peau, mais tout le monde s'en foutait et lui-même n'était pas au courant de l'existence d'hommes dont c'était le métier, de s'occuper de ce genre de choses.
Il avait fait un truc qu'il n'aurait pas dû faire, mais impossible de se souvenir. Tout était trouble dans sa tête. Tout, sauf que son logeur s'était, une fois de plus, mis en colère. Et cette fois, il l'avait chassé.
Jean-Claude était donc dans la rue, livré à lui-même. Ce qui, dans l'absolu, ne l'effrayait pas plus que ça, étant donné qu'habituellement il s'y entendait pour attiser la pitié des gens. Seul vrai souci : le temps passait, et il avait de plus en plus faim.
Mais Jean-Claude avait des difficultés d'attention, et ça avait ses avantages. Notamment, il lui arrivait souvent d'oublier ses raisons de stress, pour peu qu'il fût distrait. Quand il aperçut le pigeon, en train de picorer dans une flaque d'un je-ne-sais-quoi verdâtre, il ne put résister à l'envie de foncer sur lui. Jean-Claude adorait faire peur aux pigeons.
Mais celui-là n'alla pas bien loin. Après quelques battements d'aile mal assurés, il tomba comme une pierre, pour atterrir sur une voiture. Jean-Claude entendit le conducteur hurler, il vit le véhicule partir en embardée, et il sentit l'odeur du sang frais.
Il se rapprocha. Encore. Encore un peu.
Quelqu'un était étendu, par terre, la tête anormalement ouverte. Jean-Claude se demanda s'il était normal qu'on puisse voir cette matière grise qui se répandait doucement sur le pavé. Et dans la flaque de sang…
Jean-Claude se réfléchit…

Mais il n'avait que faire de quarante centimes.
Alors Jean-Claude mangea la cervelle de ce Jean-Claude qui avait causé la perte de Jean-Claude. Puis, repu, il se gratta derrière l'oreille, fit trois tours sur lui-même, s'assit et se lécha l'anus jusqu'à l'arrivée de la police, qu'il accueillit en aboyant joyeusement.
Car Jean-Claude était un con de chien. Seuls les chiens sont assez cons pour être heureux quand la police arrive.

Ironique, n'est-il pas.

Demain, on sera le 22/09, et ne comptez pas sur moi pour arriver au boulot.



Par Maurin - Publié dans : enarrivantauboulot
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