Mes voisins sont deux extrêmes, et je suis pris entre leurs feux.
Ma voisine du dessous est une quadra acariâtre et folle, qui massacre son plafond à coups de balai quand je rentre tard. J'arrive chez moi, je fais 3 pas, je commence à me déshabiller pour aller me pieuter, et hop, bonjour madame, tiens vous êtes encore réveillée, ne dites rien, vous guettiez mon retour, c'est gentil de vous inquiéter pour moi mais je vais bien, maintenant arrêtez de cogner sinon vous allez finir par tout casser et je vais me retrouver chez vous.
Mon voisin du dessus est un étrange mélange, un amalgame plus ou moins réussi entre un Italien dont on reconnaît le pas dans l'escalier alors qu'il est au rez-de-chaussée (j'habite au 3 ème tout de même) et une Française gentille mais hystéro, capable de rire comme Colombe Schneck un dimanche matin à 7 heures, ou d'engueuler son mec comme du poisson pourri en pleine nuit.
Il m'arrive de me dire que si je n'étais pas là, si mes voisins du dessous et du dessus étaient empilés, cet immeuble qui est le mien ressemblerait à Beyrouth.
Et pourtant, j'ai eu un entraînement sérieux, pour résister aux nuisances sonores. J'ai grandi au second étage, alors que, chaque soir, mes parents regardaient la télé au premier. J'allais me coucher, je fermais les yeux, et puis je me relevais : " Papa, Maman, vous pouvez mettre la télé moins fort, s'il vous plaît ?" "Oui, oui, allez, dors maintenant", me répondait généralement la voix grave de mon père. Je maugréais un brin, ruminant que le volume n'avait pas varié d'un iota, et je retournais dans mon lit. Je m'amusais à suivre les dialogues, un peu. Et doucement, tout doucement, je sombrais dans le sommeil. Malgré tout. Quel courage !
Parfois, alors que les bras de Morphée venaient de m'accueillir, un de mes parents allait à la cuisine, et faisait jouer la porte du salon, au bruit métallique si caractéristique. Ce son se frayait un chemin jusqu'à mon cerveau, et d'une manière inexplicable, me rassurait. Tu peux dormir, malgré ton pyjama ridicule, les voitures qui passent dans la rue, et le fait que tu n'aies qu'insuffisamment révisé ton contrôle de géo du lendemain. Tu peux dormir car juste en dessous, tes parents sont là, qui veillent sur toi.
Parfois, la nuit, un de mes voisins rentre plus tard que moi, et laisse retomber un peu violemment la porte d'entrée de mon immeuble. Et d'une manière inexplicable, ça me rassure. Je pourrais presque entendre la voix de mon père.
Finalement, je les aime bien, mes voisins.
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander






Commentaires