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Jeudi 21 septembre 2006
La journée n'avait pas vraiment commencé pour Jean-Claude.

Il était à mille lieues de ce genre de considérations. Son quotidien, depuis des années, c'était se lever quand son instinct le lui soufflait, manger quand il pouvait et se gratter pour se soulager. Jean-Claude avait une maladie de peau, mais tout le monde s'en foutait et lui-même n'était pas au courant de l'existence d'hommes dont c'était le métier, de s'occuper de ce genre de choses.
Il avait fait un truc qu'il n'aurait pas dû faire, mais impossible de se souvenir. Tout était trouble dans sa tête. Tout, sauf que son logeur s'était, une fois de plus, mis en colère. Et cette fois, il l'avait chassé.
Jean-Claude était donc dans la rue, livré à lui-même. Ce qui, dans l'absolu, ne l'effrayait pas plus que ça, étant donné qu'habituellement il s'y entendait pour attiser la pitié des gens. Seul vrai souci : le temps passait, et il avait de plus en plus faim.
Mais Jean-Claude avait des difficultés d'attention, et ça avait ses avantages. Notamment, il lui arrivait souvent d'oublier ses raisons de stress, pour peu qu'il fût distrait. Quand il aperçut le pigeon, en train de picorer dans une flaque d'un je-ne-sais-quoi verdâtre, il ne put résister à l'envie de foncer sur lui. Jean-Claude adorait faire peur aux pigeons.
Mais celui-là n'alla pas bien loin. Après quelques battements d'aile mal assurés, il tomba comme une pierre, pour atterrir sur une voiture. Jean-Claude entendit le conducteur hurler, il vit le véhicule partir en embardée, et il sentit l'odeur du sang frais.
Il se rapprocha. Encore. Encore un peu.
Quelqu'un était étendu, par terre, la tête anormalement ouverte. Jean-Claude se demanda s'il était normal qu'on puisse voir cette matière grise qui se répandait doucement sur le pavé. Et dans la flaque de sang…
Jean-Claude se réfléchit…

Mais il n'avait que faire de quarante centimes.
Alors Jean-Claude mangea la cervelle de ce Jean-Claude qui avait causé la perte de Jean-Claude. Puis, repu, il se gratta derrière l'oreille, fit trois tours sur lui-même, s'assit et se lécha l'anus jusqu'à l'arrivée de la police, qu'il accueillit en aboyant joyeusement.
Car Jean-Claude était un con de chien. Seuls les chiens sont assez cons pour être heureux quand la police arrive.

Ironique, n'est-il pas.

Demain, on sera le 22/09, et ne comptez pas sur moi pour arriver au boulot.



Par Maurin - Publié dans : enarrivantauboulot
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