
Bon.
Comme vous avez pu vous en douter, j'ai été quelque peu occupé, ces temps derniers.
Je vous rassure tout de suite, ça n'est en aucun cas dû à mon changement de poste au sein de la rédaction de mon journal. Ni à l'obligation de m'occuper d'une bonne partie du contenu rédactionnel de celui-ci. Ni à ma relative inexpérience en matière de rédaction, justement. Ni aux multiples séances de cinéma en avant-première. Ni à un reportage sur Rayman contre les lapins crétins. Non non, rien de tout ça.
C'est juste que j'ai été enlevé par des aliens.
C'était il y a trois semaines. Le PSG venait de perdre, encore, et j'avais choisi de noyer mon chagrin dans la culture, la philosophie et 17 litres de bière. Or, je ne sais si vous le remarquâtes, au fil de vos pérégrination, mais la bière, non contente d'avoir sur l'organisme des effets diurétiques prononcés, a une fâcheuse tendance à aider toute imagination fantasque à percevoir de manière encore un brin moins raisonnée la réalité.
Je m'approchai donc de cette charmante blonde, au comptoir, et décidai de lui proposer une balade au clair de lune. J'aurais dû avoir, au son de son prénom (Igor), la puce à l'oreille. Mais non, embué que j'étais par des vapeurs éthyliques, je fonçai droit dans le panneau.
Nous fîmes à peine quelque mètres dans la rue, et je décidai, pour charmer la belle, de lui pousser une petite chansonnette traditionnelle de mon coin, Ô Corse, île d'amour. Bon, d'accord, je suis né à Juvisy, mais après tout, qu'est-ce que la séduction, sinon un gigantesque puzzle de mensonges ?
C'est alors que je les ai vues. D'autant mieux qu'il faisait nuit noire, vu qu'il était quatre heures du matin. Les lumières ! Mais là ou les imposteurs qui prétendent avoir vu les extraterrestres décrivent un grand flash lumineux peu crédible, je me dois de rétablir la vérité. Mes lumières, elles, étaient multiples, et se sont allumées les unes après les autres. Elles étaient accompagnées de borborygmes mercuriens incompréhensibles, que j'entendais dans le lointain. Je vous les retranscris ici, phonétiquement : "Tagg Heule !" "Maifett Leterr !", "Yenaki dormm espessde soiffar !"
Ce dispositif était sans doute destiné à me faire perdre contrôle, par quelque ultrason surtechnologique, de mon pauvre corps, car je fus immédiatement pris d'un violent mal d'estomac, me forçant à rendre au pavé les litres de breuvage patiemment accumulés auparavant. Je n'étais plus qu'une victime, hurlante, désemparée, blessée, quand arrivèrent les sinistres émissaires qui venaient me chercher dans leur vaisseau. Eux aussi furent précédés d'étranges lueurs rouges et bleues, que j'entrevis à travers mes yeux embuées de larmes
"Non !" m'écriai-je ! "Laissez-moi ! Je ne veux pas !" Mais trop tard. En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, ils me forcèrent à monter dans leur vaisseau, savamment camouflé en une forme qui ressemblait à un Renault Trafic, pour me conduire à leur base secrète. "Onvatt mettrofré pourlanui", me souffla, de son haleine putride, un de ces repoussants organismes. Comment je sais qu'il ne pouvait s'agir d'un humain ? Je détiens deux preuves irréfragables : le sommet de sa tête était de forme cylindrique, avec une excroissance cartilagineuse en forme de visière, et il était encore bien plus laid que Franck Ribéry.
A partir de là, c'est le black-out.
Ont-il usé de ma personne pour leurs sinistres expérience de domination de la race humaine ? Ont-ils implémenté dans mon cerveau une puce qui se réveillera le moment voulu ? Vis-je désormais dans la matrice ? Je ne le sais pas.
Tout ce que je sais c'est que pour s'assurer de mon silence, une fois revenu dans le monde des miens, ils me firent subir la plus grande des humiliations. Je repris en effet conscience dans la cellule d'un sordide commissariat de la Goûte d'or, entre un tapin édenté et un clochard puant.
Mais je le sais, maintenant : ILS existent.
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